Jérémy me fait comprendre qu'il a l'intention de s'en aller. Je le raccompagne jusqu'à la porte :
« - merci pour ce grand retour en fanfare, mais sans la petite virée au poste, j'aurais peut-être mieux apprécié ta visite! »
« - Excuse-moi, je n'ai jamais voulu t'impliquer dans cette histoire ... je voulais te revoir avant que ça ne s'envenime.
- Quoi, qu'est-ce qui va s'envenimer ?
- On n'est pas bien pour parler ici, rejoins-moi jeudi prochain à cette adresse, mémorise-la bien, et brûle le papier. Il ne veut pas que je le mange, son papier, pendant qu'on y est ?
- Jeudi mais c'est le jour où Damien part pour les Etats unis !
- Viens, Haily, s'il te plait, si ça se trouve c'est la dernière fois que ... » il s'arrête net dans sa phrase, soupire, puis me regarde droit dans les yeux :
« - viens, s'il te plait, au nom de ce qu'on a vécu.
- Ok si tu me prends par les sentiments, mais il va falloir m'expliquer ce qui se passe.
- je te dirai tout, promis. »
Il me quitte, comme un voleur. Je le regarde s'éloigner, Ça me ramène 4 ans en arrière, quand il était monté de Bordeaux, avec pour ambition de vivre avec moi. Mais, je venais tout juste de rencontrer Nico à cette époque (j'aurai mieux fait de me casser une jambe ce jour-là) et je lui avais dit que c'était terminé. Il était reparti en empruntant le même chemin qu'aujourd'hui.
Le jeudi fatidique a fini par arriver. Tout à l'heure un avion s'est envolé.
Avec mon Jules à l'intérieur.
Je vous passe les détails de la séparation, on sait toutes très bien à quoi ça ressemble (rien que d'écrire ces lignes, j'en chouine encore).
Mes larmes sont à peine séchées que déjà je cours à mon rendez-vous avec Jérémy. (Haily Jane, ne te reposes-tu jamais?)
Il m'attend en bas de l'immeuble. Je me gare un peu plus loin afin de venir à lui en marchant, j'ai toujours fait comme ça, me laisser le temps de venir. Il a un large sourire en me voyant arriver :
« - Content que tu sois là, Haily ...
Tu m'attends depuis longtemps ?
Peu importe, viens ...
Il me prend par le bras, et nous entrons dans le hall de l'immeuble, plutôt classe je dois dire. Nous prenons place dans l'ascenseur. J'avoue que c'est un peu bizarre, de se retrouver-là, si proche l'un de l'autre. Quelle tête je ferais si lui prenait l'envie de m'embrasser ? En vérité, j'en sais rien.
Dernier étage. La porte de l'ascenseur ouvre directement sur un appartement qui m'impressionne par ses dimensions.
« - C'est ici que tu vis ? » Je lui demande sans pouvoir dissimuler mon admiration. J'avoue, j'aime bien ce qui brille, même si je me contente de peu.
« - Oui, Avec Danny » Je ne suis pas autrement surprise d'entendre ce nom qui lui aussi remonte du passé:
« - Danny ? Génial, vous continuez donc à vous voir, après tout ce temps?
L'appart est à son nom, tout ce qui s'y trouve aussi, comme ça au moins ... vas-y entre. »
Il me fait entrer dans un salon tout ce qu'il y a de magnifique, écran plasma, large canapé et vue splendide à travers les immenses baies qui ouvrent sur la ville.
« - eh bien, on ne s'en fait pas! »
Il sait que je me laisse facilement impressionner par le luxe tape à l'½il.
« - Tu me fais visiter ? » Je lui demande avec une sorte de douceur inhabituelle dans la voix. Il me fait alors découvrir ce que l'on peut largement appeler l'appart de mes rêves. Des pièces grandes, lumineuses, spacieuses. Décorées avec quantité d'objets de créateurs. Tout à l'air rare, cher et beau. Il m'en met plein la vue. Il me guide à travers les pièces en saisissant mes doigts par moment, frolant mes épaules à d'autres. Le sentir près de moi me saisit toujours autant le coeur.
Nous revenons au salon. Il me propose un verre après m'avoir invité à m'assoir. Le canapé est si profond qu'il faut de temps en temps que je remonte à la surface pour reprendre ma respiration.
D'ailleurs, quand Danny fait son entrée, je suis si bien engloutie dans cette mer de cuir, qu'il ne me remarque même pas.
« - Ce boulot de merde, il commence à me prendre la tête !! » dit-il en claquant la porte derrière lui. Jerem n'a pas le temps de l'avertir que je suis là, il enchaine :
« - Tu peux me filer un sachet, j'en ai plus, et une bonne ligne me ferait du bien. »
Là, j'ai plutôt un mauvais ressenti, si vous voyez ce que je veux dire, j'interroge Jérémy du regard. Il lance à Danny:`
« - un peu de tenue, mon cher, en présence de notre invitée. »
Danny tourne la tête dans ma direction, fronçant le nez et les sourcils l'air de celui qui réfléchit :
« - on se connait non ? Ton visage me dit quelque chose.
- Le contraire m'étonnerait. » dis-je.
« - Haily ?! » hasarde-t-il.
« - Bonne pioche. » Ça fait vraiment plaisir de le revoir.
On reste à discuter cinq minutes, puis il va s'isoler dans sa chambre.
Aussitôt, je me tourne vers Jeremy :
« - maintenant, tu vas m'expliquer ?!
Je me demande si ça vaut la peine...
Oh que si ça en vaut la peine, j'aimerais bien savoir pourquoi je me suis retrouvée chez les flics l'autre jour !C'est quoi ce délire, il te demande une ligne ?! Tu fourgue de la coke, c'est ça ton job ?
D'une certaine manière ...
- Apparemment ça ne doit pas être une petite affaire pour que la police filtre tes appels!
- Viens... » Il m'entraîne dans sa chambre. Il ouvre l'armoire, dans laquelle se trouve dissimulé sous les fringues ce qui m'a tout l'air d'être un coffre-fort scellé dans le mur. Il sort une clé de sa poche, et ouvre la porte du coffre. Ce que je vois me laisse bouche bée.
Il y a sur deux étagères une quantité considérable de sacs de poudre. Et puis, sur une autre étagère, sont posées des boites noires. Il en sort une et l'ouvre devant moi. À l'intérieur, des liasses de billets, de quoi rendre fou n'importe quel individu normalement constitué, alors, moi vous pensez bien ! Il y en a au moins pour 10 000 euros, en petite coupures, s'il vous plaît. J'effleure les billets du bout des doigts, histoire de pouvoir dire que je n'ai jamais touché autant d'argent.
Je le regarde, ainsi le petit garçon que j'ai connu est devenu un gangster.
« - Les flics vont te mettre la main dessus, tôt ou tard, il faut que tu t'en ailles ?!
Les flics à la limite, ce ne sont pas les plus dangereux tu sais.
Mais pourquoi ?! Celui que j'ai connu était un type bien ?! »
Il m'explique. Ce fameux week-end où il était revenu pour moi. Il avait vraiment fait comme il avait dit : il avait vraiment tout quitté, tout laissé derrière lui. Il avait pris ce risque par amour. Si j'avais su le sacrifice qu'il avait consenti pour moi, je ne l'aurais pas repoussé. Les choses auraient été différentes, et l'Haily jane que vous connaissez aurait cédé la place à une autre. Il pensait rester avec moi ce soir-là, mais comme je l'avais envoyé sur les roses, il avait dû trouver un plan B pour dormir, et vu qu'il ne connaissait plus personne ici, il s'est tourné vers les anciens amis de son père.
Son père avait appartenu à la pègre locale : il gérait les réseaux de drogues, les prostituées, et tout le reste ... mais voyant les choses mal tourner pour lui, il s'était suicidé. C'était à l'époque où Jeremy et moi commencions à flirter, nous avions à peine treize ans.
Alors quand ils ont vu " le gosse " revenir à eux, il lui ont rendu le " grand service " de le reprendre dans la famille et il a repris le flambeau que son père avait laissé tomber.
« - Ne me dis pas que tu gères des filles ?! » Là, je suis très en colère. Il baisse la tête, penaud :
« - J'ai un bar à champagne, du côté des Jacobins **. »
Quelqu'un frappe à la porte d'entrée.
Jérémy avance dans le couloir en me faisant signe de ne pas faire de bruit. Il regarde dans l'½illeton de la porte, et me dit de rester en arrière.
On frappe à nouveau.
« - J, ouvre moi, c'est Tony ! » l'homme a l'accent italien.
J'articule sans émettre de son « - QUI C'EST » en direction de Jerem, mais il entrebâille la porte avant de me répondre.
« - eh, Jérémy, Mon fils, J'ai besoin de toi... »
Le mec est bizarre, Type méditerranéen, très brun à la peau mat, les trait vraiment tirés, une sale gueule,il y a une espèce de flottement dans l'air, bref tout ça ne me dit rien qui vaille.
Jérémy ouvre grand la porte et le laisse entrer. L'homme tremble, il doit être en manque et me regarde d'un air malsain, voir pervers.
« - Mais, tu es belle toi ... tu ... » il approche sa main de moi, je me dégage aussi sec.
« - Pas touche le vieux, Désolée mais c'est trop cher pour toi. »
Jérémy me fait signe de calmer le jeu, il m'emmène un peu plus loin :
« - Écoute, c'était l'un des plus proches associés de mon père, il m'a aidé à monter dans le réseau, et c'est devenu l'un de mes plus gros clients depuis qu'il s'est mis à sniffer après que sa femme se soit fait descendre.
Ce n'est pas une raison pour que j'accepte d'être tripotée par ce pervers.
- Calme toi, s'il te plait, faut pas que ça s'engraine, tu sais ces mecs là ne réfléchissent pas avant d'agir. »
Nous retournons au salon, où nous retrouvons le fameux Tony.
Il a l'air encore plus bizarre qu'au début.
« - Ecoute J, je traverse une mauvaise passe, il va falloir qu'on s'arrange différemment cette fois ci. » Il écarte sa veste, laissant apparaître une arme.
« Haily Jane, dans quel guêpiez t'es-tu fourrée. »
Saisissant son arme, il ajoute : " - Et, il va m'en falloir une plus grande quantité que d'habitude... allez, on va tranquillement s'installer au salon tous les trois. »
Croix de bois, croix de fer, si je meurs aujourd'hui, je vais en enfer.
* Agglomération près de Lyon
** Place Lyonnaise