Dans le Midi, au mois d'août.
Je suis là, sur l'un des rochers de cette grande digue que je connais depuis l'enfance. Je suis seule. Damien est dans sa famille avec Noanne (Le hasard a voulu que nos deux familles possèdent une maison dans le même village) et moi, j'ai décidé d'aller me faire dorer la pilule.
Le fait est que je suis là, tranquille, avec pour seule compagnie les vagues et les gouttes d'eau qui giclent jusqu'à moi.
Évidemment, j'ai une pensée pour mes acolytes de chocs, éparpillées, les unes et les autres, un peu partout dans le monde et pour des raisons différentes : Sarah, plus loin sur la côte, est probablement en train de s'adonner à la même occupation que moi ; Marie, partie avec Arnaud rejoindre sa famille près d'Annecy ; Anna, pour une fois de retour à Lyon, pile pendant les quelques jours où je n'y suis pas (pas gentil, le destin cette fois hein) ; Sophie, avec qui j'ai passé la journée précédant mon départ, dans un parc d'attraction. Je ne suis pas seule tant que je pense à mes copines.
Je ne sens pas la chaleur du soleil sur ma peau, il y a trop de vent. C'est mieux, je n'aime pas bronzer en étouffant. Je suis là, à profiter du silence et de mon petit moment de bonheur solitaire.
« - Haily ?! »
Est-ce qu'un jour on va me foutre la paix dans cette vie ? J'entrouvre un ½il, puis le second. La lumière trop intense m'aveugle, mais malgré ma vue troublée je parviens à distinguer en contre-jour une silhouette familière.
« - Haily, c'est toi ? » cette voix, elle non plus ne m'est pas inconnue :
« - Micka ? »
Je me relève en prenant appui sur mes coudes et devant moi apparaît l'enfant du pays, Micka : Ami d'enfance et d'insouciance.
« - Olala qu'est-ce que t'es belle ! C'est l'amour qui rend les filles belles comme ça ?
Oh ça va, les compliments à deux balles, très peu pour moi.
Je te présente Licha, ma copine »
Une mignonne petite silhouette sort de l'ombre, derrière lui, et c'est une jeune fille dont je n'ai absolument pas compris le prénom qui s'approche de moi en souriant.
Cela fait quelques années que je n'ai pas croisé Micka et j'avoue que je suis un peu prise au dépourvu. La dernière fois qu'il m'a vue, j'étais enceinte de Noanne, autant dire que ça ne date pas d'hier.
« - eh bien tu as repris la ligne depuis la dernière fois! »
Nous sommes très heureux de nous retrouver mais le temps a laissé place entre nous à une certaine pudeur, pas désagréable au demeurant.
La copine au nom bizarre est complètement hors du coup.
On reste là, à discuter pendant une heure, puis comme la conversation languit, je prends congé de mon ami, et je repars en direction de la maison familiale.
Damien est déjà là, et Noanne dort sur le canapé. II faut dire que la chaleur est insupportable.
Je ne me sens pas très bien, c'est déjà la seconde fois que je connais ce genre de baisse de régime.
Ma grand mère, pour qui je tuerais le monde entier si elle me le demandais (mais elle ne fera jamais une chose pareille, elle sait de quoi je suis capable), me regarde d'un air suspicieux.
« - Est-ce que tu vas bien, tu es toute pale... ? »
Pas le temps de faire la causette, je fonce aux toilettes. Je vomis tout ce que j'ai. (Pardon pour les détails)
Mamie n'a pas bougé d'un poil, et je la retrouve devant moi en sortant des toilettes.
« - Ne serait-ce point que mon onzième arrière petit enfant serait en train de pointer le bout de son nez? » me lance-t-elle dans ce style adorablement vieillot qui n'appartient qu'à elle.
Ah non hein, s'il te plaît, le destin, on a dit : pas maintenant.

