article 16

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Dans le Midi, au mois d'août.

Je suis là, sur  l'un des rochers de cette grande digue que je connais depuis l'enfance. Je suis seule. Damien est dans sa famille avec Noanne (Le hasard a voulu que nos deux familles possèdent une maison dans le même village) et moi, j'ai décidé d'aller me faire dorer la pilule.
Le fait est que je suis là, tranquille, avec pour seule compagnie les vagues et les gouttes d'eau qui giclent jusqu'à moi.
Évidemment, j'ai une pensée pour mes acolytes de chocs, éparpillées, les unes et les autres, un peu partout dans le monde et pour des raisons différentes : Sarah, plus loin sur la côte, est probablement en train de s'adonner à la même occupation que moi ; Marie, partie avec Arnaud rejoindre sa famille près d'Annecy ; Anna, pour une fois de retour à Lyon, pile pendant les quelques jours où je n'y suis pas (pas gentil, le destin cette fois hein) ; Sophie, avec qui j'ai passé la journée précédant mon départ, dans un parc d'attraction. Je ne suis pas seule tant que je pense à mes copines.

Je ne sens pas la chaleur du soleil sur ma peau, il y a trop de vent. C'est mieux, je n'aime pas bronzer en étouffant. Je suis là, à profiter du silence et de mon petit moment de bonheur solitaire.

«  - Haily ?! »
Est-ce qu'un jour on va me foutre la paix dans cette vie ? J'entrouvre un ½il, puis le second. La lumière trop intense m'aveugle, mais malgré ma vue troublée je parviens à distinguer en contre-jour une silhouette familière.
« - Haily, c'est toi ? » cette voix, elle non plus ne m'est pas inconnue :
« - Micka ? »
Je me relève en prenant appui sur mes coudes et devant moi apparaît l'enfant du pays, Micka : Ami d'enfance et d'insouciance.
« - Olala qu'est-ce que t'es belle ! C'est l'amour qui rend les filles belles comme ça ?
Oh ça va, les compliments à deux balles, très peu pour moi.
Je te présente Licha, ma copine »
Une mignonne petite silhouette sort de l'ombre, derrière lui, et c'est une jeune fille dont je n'ai absolument pas compris le prénom qui s'approche de moi en souriant.
Cela fait quelques années que je n'ai pas croisé Micka et j'avoue que je suis un peu prise au dépourvu. La dernière fois qu'il m'a vue, j'étais enceinte de Noanne, autant dire que ça ne date pas d'hier.
« - eh bien tu as repris la ligne depuis la dernière fois! »
Nous sommes très heureux de nous retrouver mais le temps a laissé place entre nous à une certaine pudeur, pas désagréable au demeurant.
La copine au nom bizarre est complètement hors du coup.
On reste là, à discuter pendant une heure, puis comme la conversation languit, je prends congé de mon ami, et je repars en direction de la maison familiale.

Damien est déjà là, et Noanne dort sur le canapé. II faut dire que la chaleur est insupportable.
Je ne me sens pas très bien, c'est déjà la seconde fois que je connais ce genre de baisse de régime.
Ma grand mère, pour qui je tuerais le monde entier si elle me le demandais (mais elle ne fera jamais une chose pareille, elle sait de quoi je suis capable), me regarde d'un air suspicieux.
« - Est-ce que tu vas bien, tu es toute pale... ? »
Pas le temps de faire la causette, je fonce aux toilettes. Je vomis tout ce que j'ai. (Pardon pour les détails)
Mamie n'a pas bougé d'un poil, et je la retrouve devant moi en sortant des toilettes.
«  - Ne serait-ce point que mon onzième arrière petit enfant serait en train de pointer le bout de son nez? » me lance-t-elle dans ce style adorablement vieillot qui n'appartient qu'à elle.


Ah non hein, s'il te plaît, le destin, on a dit : pas maintenant.

# Posté le lundi 11 août 2008 16:59

Modifié le mercredi 30 septembre 2009 07:53

article 17

article 17


Ils tous là à me dévisager d'un air soupçonneux. J'ai beau leur prouver par A+B que mes problèmes sont dus à ma nouvelle pilule archi dosée, ils n'en abandonnent pas pour autant leur air suspicieux.
J'avoue, je suis un peu refroidie par leur attitude, alors, je sors téléphoner à Sarah, histoire de savoir si elle se remet de sa séparation.
Elle décroche au bout de trois sonneries :

« - Comment vas-tu ma belle ? » je lui demande.
«  - Ça va mieux, le fait d'être partie m'aide un peu. Mais bon je ne sais pas dans quel état je serai en rentrant.
Ouais je vois ... Comment ça se passe sinon là-bas ?
Comme toutes les années, j'ai retrouvé mon Jules d'été, tu sais, Jérôme.
- Je sais, je suis trop contente que tu ne te laisse pas abattre ...
Et toi alors, la belle vie ?!
Oula, ils sont tous persuadés que je suis enceinte...
- Sérieux ? Mais pourquoi ?!
Parce que je dégueule toutes les cinq minutes.
Huuuumm. Et de qui est ce joli bébé?
Comment ça, de qui ?
Eh ben qui est le père ? Damien ou Maxime ?
Bah Damien, j'imagine ... euh, enfin. Putain tu me mets le doute, là.
Ahahahahah un deuxième gamin qui ne serait pas de lui. Merveillousse!
Mais qu'est-ce qu'on rigole avec toi, c'est dingue.
- Ouais bah en même temps j'espère pour toi qu'il n'est pas de Maxime parce que merci du cadeau.
- De toute façon le problème ne se pose pas, je ne suis pas enceinte.
- Tu n'as jamais entendu parler du déni de grossesse !!!
- Ta gueule.
- Toi aussi tu me manques !
- Ouais bon ça c'est vrai. Allez merci et au revoir. N'oublie pas que je t'adore moi aussi »
Et sur ce, raccrochage au nez de la super-keupine, elle l'a amplement mérité.
Elle est folle de me faire des frayeurs pareilles. Quoi que...


Allez, le destin, ça suffit maintenant, c'est plus marrant cet acharnement ...









# Posté le jeudi 14 août 2008 07:38

Modifié le vendredi 02 octobre 2009 18:50

article 18

article 18


Quelques jours après notre retour de vacances, c'est l'anniversaire de Damien. J'ai enfin réussi à lui faire admettre que je ne suis pas enceinte, et nous sommes en route pour mon restaurant préféré. Oui, MON préféré, même si c'est SON anniversaire, lui il choisi déjà le film que nous allons voir après, c'est bien suffisant. J'estime que de me taper Batman le chevalier noir est déjà une preuve d'amour relativement importante.

Nous finissons donc de manger, quand soudain, aller savoir pourquoi, je demande au serveur :
« - Ils n'embauchent que des mecs ici ? » Le serveur me regarde, et enchaine dans un style bien à lui :
« - Non, et en plus ils cherchent en ce moment, ça tombe bien, il manque du personnel, je pense que, enfin, je vais aller chercher le responsable pour que vous lui parliez, ça tomberait bien, en fait ... »
Sur ces mots, il disparait et je me retrouve cinq minutes plus tard devant le responsable, légèrement prise au dépourvu.
À croire que la surprise me va bien, un quart d'heure plus tard, je sors du restaurant avec dans la poche un contrat de travail pour les trois prochains jours. " à l'essai ".
Bosser sur les lieux où j'adore sortir, ce ne serait pas une si mauvaise combinaison. Mais je ne peux pas prendre d'engagement ces temps-ci, c'est pourquoi je me réserve une porte de sortie. J'ai des problèmes avec la crèche pour Noanne, elle n'y retournera qu'en octobre, je ne peux pas assumer un temps plein tout de suite. Va pour les trois jours et advienne que pourra.
Le premier soir, ils me mettent au bar. C'est plus dur qu'il n'y paraît et je regrette de ne pas servir en salle. Je suis bien contente que la soirée se termine. Épuisée la fille. Mon responsable vient me voir, au moment où je pense que mon dos va se casser en deux:
«  - C'est bon Haily, maintenant que tu sais préparer les cocktails, tu peux aller en salle. »
Merci seigneur, même si je ne vous parle pas souvent, et seulement par intérêt.
Le lendemain soir, c'est avec bonne humeur et confiance que je pousse la porte du restaurant. Je m'équipe rapidement, là bas, ils bossent avec des Pad électroniques, lorsque le client passe une commande, ils la tapent avec un petit stylet sur le petit écran. Sauf que la petite machine en question, c'est un vrai merdier, et je ne tarde pas à ramer pour trouver ce que je veux. Mon patron sourit en me voyant râler toute seule, et me prend par le bras.
« - Viens voir, je vais te présenter l'équipe du soir ... » Trois nouveaux serveurs se sont ajoutés aux deux que j'ai déjà vus hier.
J'entre dans la cuisine, et là, je manque d'en assommer un autre avec la porte. Mais ils se multiplient ici ou quoi ? Je lève la tête pour m'excuser. À croire que je suis tombée sur le mauvais scénario d'une série B. Picotement en bas du ventre et tout le tralala. Mauvais signe, ma fille. Mise en auto contrôle immédiate.
« - Excuse-moi. » je suis plus froide et distante avec ce garçon que je ne le voudrais. Probablement parce que je m'en veux d'avoir encore des coups de c½ur pour des inconnus après toutes ces années de vie commune avec mon homme.
« - Je suppose que tu es la nouvelle... ?! » me répond-il tout sourire. Et en plus il est sympathique.
«  – Effectivement » Je m'efforce de lui rendre son sourire sans laisser paraître mon trouble.
« - Je m'appelle David. Sois la bienvenue parmi nous... j'espère que tu es plus adroite avec un plateau, sinon, je vais avoir du boulot ...
Pourquoi ? C'est toi qui répare mes bêtises ?
En quelque sorte, je suis ton soutien. En gros je suis ta bouée de sauvetage, j'interviens quand tu te mets à couler, disons quand tu commences à être débordée de commandes. c'est moi qui te relaie pour servir tes plats ou tes boissons.
D'accord, et bien je te remercie d'avance, parce que quelque chose me dit que tu vas m'être très utile ...
Il ne faut pas partir perdante.
Non, je suis juste réaliste, ils m'ont mise toute seule en salle ce soir...
- Sérieusement ? Mais tu n'en est qu'à ton deuxième jour !
- Je sais bien ... "
Je retourne en salle encore toute bouleversée par ma rencontre. Un mec aussi gentil et gracieux ne peut être qu'un mirage.

La salle commence à se remplir, et je pars à l'attaque sans hésiter. Les clients (mes premiers clients !) observe avec amusement la lutte de la femme avec la machine. C'est plutôt sympa de leur part, moi je ne sais pas si j'aurais eu la patience d'être servie par une gourde pareille.
A l'heure du coup de feu, je ne sais plus ou j'habite. Pierre, un autre serveur, vient à ma rescousse.
«  - Je me mets aussi en salle, on la divise en deux, je prends la moitié de gauche et je te laisse la droite. »
Merci seigneur, merci d'exister au moment voulu.
David (mon apollon, j'espère que vous avez compris) est partout où je suis. Il sert mes commandes, et comme ça on s'en sort, à croire qu'on est vraiment une dream-team tous les deux.
La soirée s'achève, je n'ai pas vu le temps passer. Je retourne chercher ma voiture mais mon esprit et quelque chose de plus intime est resté dans le bar.
Le lendemain, dernier jour de mon contrat de travail. Je décide de prendre les choses en mains. David est réellement un coup de c½ur. J'éprouve un sentiment pour lui, sincère. Je ne le juge plus aussi superficiellement qu'au premier abord, c'est la personne en lui que j'apprécie, il pourrait être un très bon ami, ça me suffirait. En forçant ma nature, bien sûr.

Ce soir là, j'en apprends un peu plus long sur lui. Il a 25 ans, deux grands frères, et son contrat s'arrête fin septembre. Il ouvre un restaurant avec l'un de ses frères l'année prochaine, dans une ville des environs. Plus je l'écoute, plus je le trouve touchant, ce mec. Il dégage un truc vraiment spécial, une espèce de douceur.
Pendant ma pose, je griffonne mon numéro sur le premier bout de papier qui me tombe sous la main. Je le glisse dans ma poche en me promettant de trouver le courage de le lui donner.
Le service est encore plus fou que la veille, et la soirée s'achève avant même qu'on ait eu l'impression qu'elle ait commencé. Je le retrouve en train de fumer une clope. Je me motive, en me disant que c'est maintenant ou jamais, sachant que si je rate cette occasion, je m'en voudrai toujours.
J'engage la conversation, mais il doit se dépêcher car il a un train à prendre. Il va à paris rendre visite sa meilleure amie. On discute un peu, et puis il se lève, donnant le top départ du compte à rebours, dont les secondes sont martelées par les battements de mon c½ur.
Je lui tends mon bout de papier froissé, avec un sourire en prime:
« - Tiens, cadeau ... fais en ce que tu veux. » J'ai la vague impression que ça lui fait plaisir:
« - Merci c'est gentil ... je t'enverrai le mien par texto. »
J'étais déjà en train de m'en aller, genre la fille qui pense déjà à autre chose, je me retourne en feignant la surprise ou la distraction:
« - ah oui, exactement ! Euh, bonne idée ... »



Écrira ... écrira pas ... ??


# Posté le lundi 25 août 2008 12:02

Modifié le mercredi 28 octobre 2009 06:12

article 19

[vidéo du concert de coldplay, le 4 septembre à Lyon]


Une semaine s'est écoulée . Il ne me l'a jamais envoyé, son numéro. Quand même, ça m'a foutu une sacrée claque. Pourquoi ? J'avais l'impression qu'il m'avait plutôt à la bonne.
Évidemment, j'ai envisagé toutes les raisons imaginables.
« - Le fait que je lui laisse mon numéro lui aurait déplu, alors qu'il sait pertinemment que je suis avec Damien ? qu'il m'aurait prise pour une fille sans moralité?
Et si pendant tout ce temps il avait joué avec moi le rôle du mec sympa, sans éprouver pour moi autre chose que de l'indifférence?
Mais peut être qu'il a juste perdu le papier?
Et peut-être que sa soit disant meilleure amie n'était autre que sa petite copine et qu'il se rendait ce soir-là un rendez-vous amoureux.
Et si, et si, et si ... »
Je devrais pas le dire, mais ma tristesse ressemblait dangereusement à du dépit amoureux.
Alors bien sûr, le choix s'est imposé à moi : Est-ce que je reste terrer toute ma vie dans mon trou de souris, à ressasser sans arrêt les mêmes questions, ou bien est-ce que je retourne le voir au bar, mettant ma fierté de côté, et quitte à recevoir la vérité en face comme une gifle qui fait mal?
Plouf, plouf ... Ce sera toi le roi ! Bonne pioche, ou non, c'est tombé sur "va au bar ". Noanne étant partie avec Damien voir ses grand-parents,l'occasion ne peut pas mieux tomber.

Sarah m'accompagne. (Bah oui à quoi ça servirait sinon une super-keupine?)
Pierre est en train de débarrasser les tables de la terrasse. Nous nous arrêtons lui dire bonjour, ça m'arrange bien d'un coté, parce que je suis un tantinet au taquet niveau stress.
« - Hey, salut les plus belles!
- Comment tu vas ?
- Bah moi très bien, mais et toi ? Tu es blanche comme un linge, dis donc. »
D'accord ... même ma gueule est contre moi.
« - David est là ? » Je m'empresse de lui demander, mine de rien. Cette fois ci, c'est lui qui devient livide. Qu'est-ce qu'il y a, il sait quelque chose au sujet du papier ? Il n'a pas l'air de me prendre pour une conne qui a laissé paraître ses sentiments, mais alors pourquoi me dévisage-t-il ainsi, est-ce que je devrais prendre mon air offusqué ?
Je crois qu'à la limite, j'aurai préféré ne pas savoir ...
« - Ah, tu n'es pas au courant...
Non ??!! Qu'est ce qui se passe ? Tu fais une tête bizarre, tu m'inquiètes !
- Il est à l'hôpital, il a eu un accident.
- À paris ?
- Non, même pas, il n'a pas pu y aller du coup, Ça c'est passé l'autre jour, ton dernier jour ici, je crois.
- C'est grave ??!! » Ma panique révèle mes sentiments mieux que ne l'aurais fait un aveu en bonne et due forme, mais à la limite, je m'en fous au point où on en est.
« - Il s'est fait renverser par une bagnole en sortant du bar. Il est resté deux jours dans le coma, mais ça va, maintenant il en est sorti.
- Il ira bien ? sans handicap ni séquelles ?! (De quoi je me mêle, je le veux en forme pour le mariage ou quoi?)
Sa famille dit que non, les médecins sont confiants. »
Je coupe court à la discussion, j'ai un peu de mal à digérer la nouvelle.

Je retourne à la voiture en compagnie de Sarah.
« - Ça va ma belle ? » Sa voix me sort de ma torpeur.
« - Je ne sais pas, c'est bizarre. C'est comme si la vie voulait m'éprouver.
On va à l'hôpital si tu veux, je t'attendrai dehors et ...
NON JUSTEMENT !! » Je parle plus fort que nécessaire, elle sursaute. J'explique:
«  - Non, justement, on ne va pas à l'hôpital. Tu sais ce que je pense des « Happy End », et tu sais ce qui arrivera si j'y vais ? il n'y a pas trente-six solutions : soit, je n'ai rien à faire là-bas, parce qu'ormis de la sympathie, il n'éprouve rien pour moi, et tu sais où il peut se la carrer sa sympathie. Soit, comme me le laisse penser mon intuition féminine c'est effectivement puissant ce qui se passe entre nous, alors le fait de se retrouver ensemble dans un tel contexte, ça va nécessairement donner un coup d'accélérateur du côté sentiments, le pathos, les états d'âmes et tout le tralala. Je ne veux qu'une histoire commence comme finit un film à l'eau de rose, la fille arrive dans la chambre d'hôpital avec le c½ur gros comme celui d'une infirmière et vient chercher son aventurier blessé etc. »
Donc je retiens l'option 3, pas prévue dans le scénario : très peu pour haily jane ce bonheur à deux balles.
Non pas que je n'en ai gros sur le c½ur, d'ailleurs j'irais même à cloche pied jusqu'à l'hôpital s'il le fallait. Mais ne serait-ce pas tenter le diable? Tout ce que je dois savoir, c'est qu'il va bien, pourquoi prendre le risque de provoquer les choses, repartir dans une nouvelle histoire, me lancer dans une double vie, avec tous les dégâts collatéraux auxquels il faut s'attendre .


Je sais, je fais des progrès ...









# Posté le vendredi 05 septembre 2008 13:01

Modifié le mercredi 30 septembre 2009 07:57

article 20

article 20

C'est un samedi matin comme les autres. Mais pour Damien et moi, c'est le dernier samedi avant longtemps où nous nous réveillons ensemble. Dans cinq jours, il passera les portes d'embarquement .
Nous sommes encore au lit. Sa jambe heurte la mienne, et j'émets un couinement ronchon pour exprimer mon mécontentement d'avoir été dérangée au moment le plus passionnant du rêve que j'étais en train de faire.
Il enchaine immédiatement :
« - tu as vu ma chérie, je ne t'ai pas réveillée ce matin !!
mmmmm... on va dire ça comme ça. »
C'est son grand truc. Il sait que je ne suis pas du matin, lui il aime le faire tout le temps, donc forcément ...
Mais si j'ai ma dose de bonne humeur et mon quota de sommeil, il arrive que je sois amenée à assouplir ma position à ce sujet.
Alors il tente des approches sournoise pour arriver à ses fins, essayant de me persuader que j'ai bien dormi, alors que je suis restée toute la nuit debout pour Noanne qui n'arrivait pas à dormir autrement que par tranche de 2 heures ; il me dit que je suis belle au réveil, que c'est un jour spécial aujourd'hui, etc.
« - Á propos, tu n'as rien oublié ?!
- Bah euh, non, enfin pourquoi ?! » Il me regarde avec l'air paniqué du mec qui sent venir la foudre.
« - bah voyons !
- Joyeux anniversaire !!!
- Oui bah maintenant c'est trop tard.
- Mais j'allais te le dire, tu penses bien ! J'attendais qu'on soit un peu mieux réveillés!
- Par contre pour me préciser que tu m'as laissée dormir aujourd'hui, histoire d'obtenir ce que tu veux, là t'as pas besoin d'attendre que je sois réveillée ..! »
Toute la journée, les textos fusent de tous côtés ... bon anniversaire par ci, plein de bonheur par là, et les gentillesses qu'on vous fait en ce jour solennel et sacré.
Je suis en train d'aider ma mère à préparer la quantité industrielle de bouffe pour le grand repas du soir quand mon portable vibre de nouveau :
vous avez reçu un SMS du 06 33 31 .. ..
Ah tiens, même les inconnus au bataillon pensent à moi. J'appuie sur Lire :
" Joyeux anniversaire ma belle. Le temps passe si vite ... Mais les souvenirs restent. J'aimerais te voir, histoire de  vérifier si mon passé se reflète toujours dans tes yeux."
Woouuuuh, mais quel est ce philosophe ....
Bonne question, je me donne le temps de la réflexion avant de répondre. 
Nous poursuivons les préparatifs. Vers 15 heures, d'un coup, ça tambourine à la porte. Un vacarme ! La famille n'est pas attendue si tôt, et puis une arrivée aussi fracassante ... étrange, c'est pas le genre de la maison.
Je me dirige vers la porte, quand le tambourinage reprend de plus belle.
« - POLICE ! OUVREZ !!! »
Ok. Soit c'est une blague de mauvais gout, soit j'hallucine.
J'ouvre puisque c'est demandé si gentiment.
«  - Bonjour ?! » Je leur dit comme ma mère m'a appris à le faire avec les étrangers. Mais apparemment ils n'ont pas reçu la même éducation.
« - êtes-vous bien la propriétaire du portable ayant pour numéro 06 50 29 ....
- Euh, oui, pourquoi ?!
- Très bien mademoiselle, alors vous devez vous doutez de la raison de notre présence ici...
- Euh, non ?
- Ne faîtes pas l'innocente !! Vous allez nous suivre au poste, vous avez sûrement des choses trèèès intéressantes à nous dire.
- Euh, non plus ?!
- ne jouez pas avec plus malin que vous. Vous n'auriez pas été en contact par portable avec un certain Jérémy M tout à l'heure peut être ? »
Alors là, sur le cul, la fille. Jérémy, c'est mon ex envolé pour Bordeaux et qui restera toute ma vie associé pour moi à la chanson The king of yesterday.
«  - Absolument pas ! Ça fait des années qu'on ne s'est pas adressé la parole!
Eh bien, vos années passent vite dites-moi ! Votre numéro apparait dans ses derniers contacts téléphoniques à 10h58 exactement. Vous persistez toujours à nier ? »
Alors là, doublement sur le cul, le message, c'était Jerem ?!
« - Ok admettons, c'est vous qui m'apprenez que c'était lui l'expéditeur.
Mais je ne vois pas en quoi un texto d'anniversaire justifie tout ce bordel?
- Ben voyons, un texto d'anniversaire, et lui, c'est un enfant de ch½ur peut être. Allez suivez-nous, on des choses à se dire mademoiselle.
- Mais c'est quoi ce Del.... » Je n'ai pas le temps de finir ma phrase. Deux officiers de police me prennent par les bras et m'entrainent avec eux dans l'escalier, sous le regard médusé de ma mère.




Et joyeux anniversaire bien sur ...


# Posté le samedi 20 septembre 2008 07:56

Modifié le mercredi 28 octobre 2009 06:13